Kintsugi

Le kintsugi est un procédé traditionnel de réparation de céramiques brisées ou ébréchées. Mettant en valeur la beauté du vécu de l’objet, selon le principe japonais du wabi-sabi, ainsi que la rencontre des matières, nécessitant du temps et de la patience, le kintsugi peut être vu comme une métaphore de la résilience.

J’ai eu la chance d’être initiée à cette technique lors d'un de mes voyages au Japon en assistant à un atelier Kintsugi guidé par une amie, spécialiste des techniques "urushi" (laques naturels). Aujourd’hui, suite à différentes demandes, j’ai décidé de partager et transmettre cette expérience à mon tour. 

 

Le Kintsugi s’inscrit dans l’artisanat de la laque.
Les objet laqués japonais sont réalisés avec la laque naturelle issue de l’arbre à laque (urushi). Cette
même laque est l’ingrédient principal du kintsugi. De nombreux artisans urushi pratiquent ainsi également le kintsugi.

 

Le urushi se consolide durablement à une température ambiante, de préférence avec un peu d’humidité. Le temps de séchage est long (minimum une semaine, voire plus), il faut donc de la patience entre chaque étape de travail.

 

Les ingrédients du Kintsugi:
- laque urushi
- farine de riz
- terre moulue
- eau
- laque urushi bengara (rouge)
- poudre d’or, d’argent, de bronze doré…
- éventuellement d’autres pigments
- essence de thérébentine
- différents outils
…… & beaucoup de temps

 

 

Les étapes de travail: 

 

(1) L’objet est cassé et on souhaite lui donner une nouvelle vie. On le cherche à comprendre comment les différents morceaux se joignent pour retrouver la forme initiale. 
Première étape de travail: A l’aide d’un pinceau, couvrir toutes les côtés ébréchés d’une fine couche de laque urushi.
Laisser reposer (sécher, consolider) pendant une semaine.

 

(2) Soigneusement, lentement, on va maintenant assembler les fragments afin de reconstituer la forme de l’objet. Pour ceci, on utilise « la colle » appelée mugi, mélangée à partir de 3 ou 4 ingrédients (dépendant de la fracture): de la farine de riz, de l’eau, de l’urushi (et parfois de la poudre de terre). Une pièce après l’autre, les fragments sont assemblés. Parfois ceci se fait en une seule étape, parfois il faut plusieurs fois. On utilise des élastiques et du scotch pour maintenir les pièces ensemble.
Laisser reposer pendant une semaine minimum.

 

(3) On nettoie les traces du mugi séché soigneusement, et on s’assure, que toutes
les fêlures soient totalement comblées. La cicatrice doit être lisse au toucher. 

 

(4) Ensuite, on applique, à l’aide d’un pinceau très fin, sur toutes les cicatrices une couche de laque urushi. Attention à couvrir toute la cicatrice, mais en la maintenant aussi fine que possible.
Pour ceci, on peut utiliser la laque naturelle, une laque noire ou la laque rouge, Bengara Urushi.
Laisser reposer pendant une semaine minimum.

 

(5) Maintenant que toutes les cicatrices sont couvertes de fines ligne en urushi, on va procéder à l’application de la poudre d’or. Afin que celle-ci adhère à l’objet, on va ajouter une nouvelle très fine couche de Bengara Urushi sur toutes les lignes de cicatrices. Un laisse reposer pendant environ 30 minutes, et ensuite on saupoudre toutes les fêlures généreusement de poudre d’or.

Une fois toutes les cicatrices généreusement couvertes « d’or », laisser reposer pendant au moins une semaine.

 

(6) A l’aide d’un tissu doux ou idéalement d’une boule de soie, on enlève l’excédent de poudre d’or. Les cicatrices apparaissent alors sous forme de lignes dorées.
Parfois, les particules dorées auront infiltré également un peu les fissures présentes dans la céramique, ce qui fait partie du charme d’une pièce ancienne.

 

La pièce est réparée et prête pour sa nouvelle vie.

 

 

Quelques images de la péninsule de Noto, haut-lieu de l'artisanat d'Urushi, malheureusement fortement mise à l'épreuve lors du tremblement de terre du 1er janvier 2024. 
La majorité de ces lieux magnifiques et centenaires n'existent plus.